Lagrasse est située dans le département de l’Aude, en région Occitanie.
Toponymie
Du latin médiéval grassa, qui signifie « grasse (qualificatif des terres), fertile », en lien avec la richesse des terres agricoles de cette vallée.
Une autre hypothèse serait un domaine gallo-romain, portant le nom d’un propriétaire.
Le « Pont Vieux » à dos d’âne, qui relie le bourg à l’abbaye, apparaît sur un sceau de 1303.
L’abbaye bénédictine de Lagrasse
La puissante abbaye bénédictine (sous la règle de saint Benoît) de Lagrasse sur la rive opposée de l’Orbieu, l’une des plus prestigieuses abbayes bénédictines du sud de la France, fut fondée par Charlemagne qui lui accorde un statut impérial.
Bienvenue à l’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse
Un diplôme de Charlemagne, daté du 19 janvier 779, est couramment désigné comme la charte de fondation de l’abbaye. Ce document, conservé aux Archives Départementales de Carcassonne, confirme la fondation d’une petite communauté d’ermites déjà existante. Charlemagne, désireux de rechristianiser et de développer économiquement et culturellement la région occupée pendant deux générations par les musulmans, établit et dota de nombreux monastères tout le long des Pyrénées. (On en dénombre pas moins d’une trentaine dans la région).
L’intervention du futur empereur fut déterminante. L’abbaye, aidée financièrement et confirmée dans la possession de ses biens ruraux, prend une place officielle dans la société. Elle connaît dès lors un développement régulier, en particulier par l’afflux de nombreuses vocations pourvues de dots en terres. Des donations provenant des papes, des riches seigneurs de la région et même des comtes de Barcelone, sont constituées de terres, villages, et châteaux, églises et monastères. On a dénombré 6 abbayes, 25 prieurés, 67 églises sur 7 diocèses et 91 places du royaume de France et du comté du Roussillon, ayant dépendu à diverses époques de l’abbaye de Lagrasse. Cette prospérité en fait une des abbayes les plus importantes du sud de la France. Sa situation géographique particulière, entre la France et l’Espagne, permet aux Abbés de Lagrasse de jouer un rôle prépondérant dans les affaires politiques et religieuses du Midi. A son apogée au XIIe siècle, l’abbaye compte cent moines, sur un territoire s’étendant de Barcelone à Toulouse. (In flyer touristique)
L’abbaye comprend deux parties aujourd’hui. Une partie publique (propriété du département) avec le cloître roman et gothique, la salle capitulaire, la chapelle Notre-Dame et une partie privée, occupée par une communauté de chanoines depuis 2004 qui y vivent selon la règle de saint Augustin avec une activité liturgique (messe en latin, chant grégorien).
Le Cloître : Un puits de lumière
Carrefour de l’univers, cité de Dieu, miroir de l’homme, le cloître diffuse la lumière d’En-Haut par les ouvertures de ses trouées rythmant les galeries qui s’articulent autour de cet ensemble d’une étonnante sérénité.
Espace clos touché par la grâce divine, il ne laisse apercevoir que le ciel, aspirant regards et pensées vers les spirituelles réalités.
Centre de la vie religieuse, le cloître offre tout à la fois une certaine animation et une oasis de paix et de silence. Lors des processions, la croix, précédée de l’encens et entourée de la lumière des chandeliers s’avance, lentement, les Chanoines suivent deux par deux ; l’abbé mitre en tête, crosse en main, tel le pasteur avec son troupeau bien-aimé, ferme la marche. (In fiche signalétique de l’abbaye)
Tête de l’abbé pourtant une large tonsure. L’orfroi de la chasuble est composé d’un damas où alternent blasons et quadrilobes. La tête repose sur un coussin brocard de même motif. Marcel Durliat attribuait ce gisant à l’abbé Auger de Cogens. (In fiche signalétique de l’abbaye)
La sculpture rappelle l’école du Maître de Cabestany
Le Cloître : Une architecture asymétrique
De prime abord, le cloître donne l’impression d’un carré parfait ; et pourtant il s’inscrit entre deux axes non parallèles, au Sud celui de l’Église, au Nord celui de la chapelle Saint-Barthélemy, format un trapèze. Prouesse de l’architecte, l’ensemble garde une belle harmonie grâce à la réalisation d’une septième arcade supplémentaire à l’Est.
Une symbolique née de ces proportion : Le cœur du cloître carré représente le monde avec ses quatre points cardinaux. Au Nord, à l’Ouest et au Sud, les trois séries de six arcades composent de chiffres 666, nombre de la Bête dans l’Apocalypse, qui symbolise Satan le ’’prince de ce monde’’, voulant éteindre son emprise sur lui. De l’Orient surgit le Christ, jaillissant comme le jeune Soleil au matin de Pâques. Chassant les ténèbres Il nous apporte sa lumière et sa grâce au moyen des sept sacrements figurés dans le septénaire des arcades à l’Est. (In fiche signalétique de l’abbaye)
Le transept sud : XIe siècle
Magnifique construction du premier roman, à trois absidioles aux arcatures lombardes et couverture en lauzes, ce transept demeure le témoin de la splendeur de l’abbatiale au Moyen-Âge. Il faut imaginer les mêmes absidioles du côté nord, pour entrevoir ce qu’était ce joyau architectural. Les créneaux surmontant le transept sont du XIVe siècle (1361), époque à laquelle l’abbaye fut entièrement fortifiée (guerre de Cent-Ans). Ces travaux furent efficaces, car l’abbaye ne fut jamais prise par les Anglais (qui incendient Carcassonne en 1355) et les Protestants (siège de 1579). (In flyer touristique)
L’autel
L’autel de style baroque est une reproduction en résine dorée de celui de l’église Saint Paul-Serge de Narbonne. L’ancien autel de marbre de l’époque classique, enlevé lui aussi après la Révolution, est actuellement à l’église du village. (In flyer touristique)
La nef
La nef était occupée par des stalles dans lesquelles les moines se réunissaient sept fois le jour (comme les chanoines aujourd’hui) pour prier en chantant. Les fidèles habitant Lagrasse avaient, dès l’origine, leur église paroissiale propre (d’abord dans le cimetière actuel à l’entrée de l’abbaye, puis au XIVe siècle, au cœur du village) et ne fréquentaient pas l’église monastique. Aujourd’hui, les chanoines accueillent dans la nef de nombreux fidèles pour assister aux cérémonies, ouvertes à tous. Les dernières découvertes semblent indiquer que le chevet daterait du Xllle siècle. La tribune (de style classique mauriste, XVIIIe siècle) supportait un bel orgue disparu après la Révolution. (In flyer touristique)
L’église Saint-Michel
Érigée de 1359 à 1398, l’église constitue l’exemple type de l’église gothique à nef unique de la région.
Christ en croix : Carton : moulé, polychrome ; bois : polychrome, doré ; XVIIIe siècle
Joseph et l’Enfant Jésus : Bois, doré sculpté ; XVIIIe siècle
La Vierge est assise en majesté sur un trône. Elle n’a ni couronne, ni voile. Elle est vêtue d’une robe entièrement dorée, serrée à la taille par une ceinture qui donne quelques plis verticaux au-dessus et au-dessous de celle-ci. La robe finit sa chute au sol dans une série de plis cassés. Elle porte un manteau doré sur les épaules. Il est ouvert sur le haut du corps et il se drape en se croisant sur les genoux. Il retombe en plis verticaux sous ces derniers. Sur le côté droit, on constate que des fragments du manteau manquent. L’Enfant est vêtu d’une tunique dorée qui laisse apparaître ses pieds nus. Sa tunique drapée en plis verticaux, finit sa chute en plis ondulés. Le visage de la Vierge est ovale. Les arcades sourcilières sont peu marquées, les yeux sont grands et en amande, le nez est large, la bouche est fine et bien dessinée, le menton est proéminent. Elle a les cheveux noirs, lâchés et ondulés qui encadrent le visage. Le visage de l’Enfant est fait sur les mêmes canons. Il a les cheveux très courts et ondulés. Les regards sont de face. Les visages ont une expression sévère, surtout l’Enfant qui n’a pas la tête d’un nourrisson. La Vierge a les bras ouvert, comme pour présenter l’Enfant. La main droite manque. La main gauche est très grande et peu en harmonie avec le reste de la sculpture, elle a sans doute été refaite tardivement. L’Enfant est assis sur le genou gauche de sa mère. De la main droite, disproportionnée par rapport au corps, il fait le signe de bénédiction. La main gauche manque. (In https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy)
La chute de la manne dans le désert
huile sur toile, 18e siècle ; Jacques Gamelin, peintre
Moïse frappant le rocher (Moïse faisant jaillir une source)
huile sur toile, 18e siècle ; Jacques Gamelin, peintre
Tableau : le sacrifice d’Isaac ; Toile, peinture à l’huile ; XVIIIe siècle
Statue de l’archange saint Michel : fin 14e siècle.
Saint Michel se présente en guerrier du Moyen-Age avec une armure de plate recouverte d’une grande cape bleue retenue par un fermail. D’après le mouvement du bras droit et du haut de son corps, saint Michel semble tenir une lance qu’il dirige vers le bas, pour terrasser le démon. Il est mutilé : sans tête, sans mains et sans ailes.
L’église est construite à l’intérieur du bourg de 1359 à 1398, dans le style gothique méridional. Saint Michel est aussi représenté sur les vitraux, les clefs de voûtes du cœur et de la crypte.
La statue de saint Michel, patron de l’église paroissiale, fut vraisemblablement placée, lors de sa construction, au-dessus du portail principal nord. Ce portail comportait deux vantaux séparés par an trumeau. Le portail fût détruit au 18e siècle pour agrandir l’entrée et la couvrir d’un porche.
Lors de travaux d’assainissement le 27 novembre 2013, la statue a été découverte fortuitement, par les employés municipaux, enfouie devant le portail, tête au nord, sous la calade du porche actueL Elle était en plusieurs morceaux. Son séchage, dans les ateliers municipaux a demandé plusieurs mois, avant qu’elle ne parte en restauration en 2014 pour enfin être présentée dans l’église en décembre 2020.
La restauration, par Benoît LAFAY (Drôme), a permis de restituer la silhouette du personnage et a fait apparaître de la peinture dorée, des tenons au dos de la statue pour fixer les ailes, des détails très précis de l’armure et des vêtements et la finesse de la sculpture.
La statue mutilée, telle qu’elle nous est parvenue, d’environ 450 kg, mesure 1,60 m de haut, 0,70 m de large et 0,40 m d’épaisseur.
L’analyse pratiquée par le Centre Interdisciplinaire de Conservation et de Restauration du Patrimoine de Marseille a déterminé qu’il s’agit d’une pierre calcaire lacustre blanc à vacuoles et à amas épars d’oxydes de fer. C’est un calcaire fin et tendre très approprié pour la sculpture provenant du littoral audois.
L’opération a été suivie et financée par la commune de Lagrasse. (In fiche signalétique de l’église)
Les saints Roch de Lagrasse- en l’abbaye Sainte-Marie Pierre, XIVe siècle
Statue mutilée de saint Roch provenant du centre de l’abside est de l’église primitive - en l’église Saint-Michel
Dénomination de l’objet : Groupe sculpté
Titre courant : Groupe sculpté : Saint Roch (…)