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L’église, telle qu’elle était après les cathares
Depuis de nombreuses années, le toit de l’église donnait des inquiétudes. Il présentait des signes évidents de fatigue. A l’intérieur on pouvait remarquer de nombreuses gouttières. Mais les voûtes paraissaient solides jusqu’au jour où l’on entreprit les travaux de réfection de la toiture.
On s’aperçut, en la démontant, que de nombreux éléments anciens étaient là partiellement effondrés sur les voûtes qui, elles, étaient beaucoup plus récentes puisqu’on les avait bâties au XIXe siècle. On comprit alors qu’on avait à faire à une disposition très ancienne habituelle aux églises du Languedoc : le chœur est solidement voûté en pierres, la nef est à charpente apparente.
Dans d’autres églises les fausses voûtes sont tombées d’elles même et ont découvert des parties anciennes qu’elles possédaient. C’est le cas de Trèbes.
D’autres églises n’ont pas eu le même sort, mais devant le danger que faisaient courir à la population ces désordres, on avait préféré démolir.
Comme à St Michel de Castelnaudary où les fausses voûtes étaient construites en un mélange de plâtre et de rafles de maïs. D’autres églises ont toujours présenté le plafond apparent d’origine ou remanié comme Fanjeaux, Lamourguier à Narbonne, Gruissan, etc…
Heureusement à Aragon, les fausses voûtes ont évité au toit de s’effondrer malgré les quelques réparations que l’on y avait faites. Elles ont permis de retrouver un véritable décor d’origine qui s’avère très intéressant, puisqu’il est composé de corbeaux, de solives et de planches faîtières décorées qui nous livrent la date de la construction. En effet, sur ces planches aussi bien que sur les corbeaux, on trouve quelques, armoiries dont la plus importante est certainement celle de l’évêque de Carcassonne Pierre de Roquefort : "De gueules à trois rocs d’échiquer d’or”. Ces armoiries se retrouvent dans les vitraux et autres parties de l’ancienne cathédrale des Sts Nazaire et Celse à Carcassonne où Pierre de Roquefort a son tombeau. Mais on trouve également ce blason aux églises de Mas des . Cours, Rouffiac d’Aude, Fontiès d’Aude et sur la charpente de Pomas.
On peut donc dire que l’église d’Aragon date du début du XIVe siècle. On peut même penser qu’un autre blason : "De sable à la croix d’or à la bordure de même" est celui du prédécesseur de Pierre de Roquefort à l’évêché de Carcassonne Jean de Chevry (1299-
1300) et que le troisième blason : "Ecartelé en sautoir d’azur et de gueules" est celui de l’abbé Auger de Lagrasse (1280-1308).
La fin du XIIe siècle et le début du XIVe siècle ont été après les événements de l’épisode cathare, favorables à la construction d’innombrables églises et à la reconstruction ou au remodelage des forteresses militaires de la frontière française. C’est pendant cette période que l’on construisit la cathédrale de Narbonne, comme le chœur des Sts Nazaire et Celse, les églises de St Michel et St Vincent à Carcassonne, les églises d’Azille, de Montréal, de St Michel de Castelnaudary, de Lézignan, Trèbes.
La construction de l’église de Fanjeaux était terminée à la fin du XIIIe siècle. Je ne parlerai pas des aménagements de forteresses comme la Cité de Carcassonne ou le Château de Peyrepertuse entre autres.
Quand on fit la découverte de ces éléments anciens, on ne manqua pas d’alerter le service des Monuments Historiques qui fit stocker toutes les pièces avant d’en faire un inventaire. L’abondance et la qualité des éléments retrouvés permirent d’envisager la remise en place, au moins partielle, de quelques éléments. Il n’était pas question, bien sur, d’enlever toutes les fausses voûtes et on prit la décision de rétablir dans son intégralité une seule travée dont on supprima la fausse voûte, près du portail d’entrée, où l’on présenterait les plus belles pièces inutilisées. .
Le travail a donc consisté à nettoyer les peintures, à les refixer pour leur nouvelle présentation. Il a été inutile de lutter contre les insectes du bois, il n’y en avait pas. On savait au XIVe siècle tailler et laisser sécher le bois avant de s’en servir. La seule agression fut malheureusement celle de l’humidité qui provoqua le pourrissement de certaines parties. De même, il fallu réajuster certains éléments que l’on avait maltraités pour les dégager.
Les corbeaux traversiers sont des pièces de bois posées sur du mur des arcs diaphragmes, qui dépassent d’un côté comme de l’autre de quelques dizaines de centimètres et reçoivent les poutres (solives) qui portent le platelage et les tuiles.
Quant aux planches faîtières ce sont des plaques importantes puisqu’elles mesurent en moyenne cinq mètres de long sur soixante centimètres de large.
Elles sont placées entre les voliges rainurées à décor de fleur de lys et elles sont au nombre de deux par travée.
En plus des armoiries déjà citées, il faut souligner la présence d’autres armoiries sur les corbeaux dont nous ne connaissons pas l’interprétation, (hormis le lys de France).
Il y a aussi quelques figures peintes d’hommes et de femmes qui ressemblent aux portraits de Trèbes.
Les corbeaux sont sculptés d’une façon très libre, pratiquement il est impossible de trouver deux décors parfaitement identiques.
Les flancs de ces corbeaux sont ornés de certaines arabesques que le professeur toulousain Durliat, savant historien de l’Art, estime comparable aux décors de certaines armoires majorquines.
Les planches faîtières procèdent en partie du même décor d’arabesques avec feuilles d’acanthes, au centre trois blasons circulaires sont tenus par des monstres à corps de mammifères, de lézards ou d’oiseaux, et à têtes d’oiseaux, d’hommes coiffés de leur bonnet, d’évêques mitrés et crossés… Peut-être convient-il de remarquer que dans ces trois blasons, figure celui d’un abbé de Lagrasse. Nous sommes bien dans le diocèse de Carcassonne, mais un accord avait été passé entre Aragon et Lagrasse pour que les troupeaux de Lagrasse ne souffrent pas de la chaleur estivale des Corbières et viennent passer cette partie de l’année à Aragon.
Faut-il voir là l’origine de l’importance des capitelles ?
Les solives ont également à leurs abouts deux plaques superposées rouges et bleues, mais il faut noter que lors du démontage de l’ancienne toiture, plusieurs de ces solives avaient un décor latéral assez inquiétant au dessus des corbeaux, mais beaucoup plus grand qu’eux. Il s’agissait de monstres, de renards, de loups à la gueule ouverte munies de crocs énormes. Il en reste au moins des photos…
Dans l’arrangement actuel on a voulu présenter le maximum des éléments restant inemployés, mais il faut se méfier d’un éclairage trop violent sur cette dernière travée. Ce décor était vu avant la découverte de l’électricité dans une pénombre plus intime.
Jean PAUC, Conservateur des A.O.A. de l’Aude. (In fiche signalétique de la ville)
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